A la recherche de la molécule révolutionnaire contre la douleur

Face à la crise des opioïdes qui ravage les États-Unis, la recherche s’intensifie pour trouver des alternatives contre la douleur. "Beaucoup de biotech, mais aussi des géants pharmaceutiques comme Novartis, Merck ou Pfizer ont mis en place des départements spécialisés dans la recherche de nouvelles cibles contre la douleur", explique au Point Ardem Patapoutian, colauréat du prix Nobel de médecine en 2021 pour sa découverte des récepteurs de la température et du toucher. "Beaucoup d'entre eux ont bien trouvé des molécules potentiellement intéressantes, mais ont jeté l'éponge, faute d'essais concluants sur l'animal." Autre défi: tout nouvel antalgique coûterait 10 à 20 fois plus cher que les opioïdes, particulièrement bon marché. Mais les choses bougent. Aux États-Unis, la crise de santé publique a conduit le Congrès à lancer le programme HEAL (Helping to End Addiction Long-term® Initiative), avec plusieurs milliards de $ pour soutenir la recherche d'alternatives aux opioïdes. "Ce programme a permis de recruter en masse. De nombreuses universités travaillent sur le sujet et fournissent des ressources à l'industrie. Nous assistons à un retournement de situation", se réjouit Clifford J. Woolf, professeur de neurologie à la Harvard Medical School. L'Europe est également dans la course avec ses start-up, dont la française Tafalgie Therapeutics, qui vient de recevoir un soutien financier de 8,5 millions d'€ du Conseil européen de l'innovation (EIC). La biotech marseillaise développe un médicament capable – à ce stade, chez l'animal – de calmer les douleurs aiguës et chroniques, sans les effets secondaires des traitements actuels. Elle cible une protéine baptisée TAFA4. Contrairement aux antidouleurs existants, TAFA4 ne bloque pas purement et simplement le signal douloureux, mais "calme le jeu" en restaurant un fonctionnement cellulaire normal. 

(Le Point – 6 mars 2025)