Quand l’IA permet à un profane de concevoir un vaccin contre le cancer de sa chienne
L'Express comment un entrepreneur australien, Paul Conyngham, sans formation médicale, a conçu avec l’aide de l’intelligence artificielle ChatGPT un prototype de vaccin personnalisé contre le cancer de sa chienne. L’IA lui a notamment conseillé de se tourner vers l’université New-South-Wales (UNSW) pour l’analyse du génome de l’animal et l’identification de cibles tumorales. Un travail réalisé pour 3.000 $ australiens, mais a priori inutilisable sans doctorat en génétique moléculaire, face aux milliards de données produites. A force d’échanger avec ChatGPT, Paul est pourtant parvenu à comparer les échantillons d’ADN, identifier les mutations et les cibles vaccinales potentielles. Parmi elles, une fait déjà l'objet de recherche clinique, mais les délais sont trop longs pour sa chienne. L'entrepreneur s'est alors entêté pour faire et défaire ses algorithmes et ses simulations, jusqu'à obtenir un morceau d’ARN messager qui, une fois injecté dans le corps de Rosie, pourrait lui faire exprimer les antigènes de ses tumeurs et faire réagir ses cellules immunitaires. Il montre sa recette de cuisine vaccinale à Martin Smith, biologiste au département génomique de l’UNSW, qui manque de s'étouffer. "Je ne m’attendais pas à ce que ses travaux puissent être d’une aussi bonne facture. Paul n’est jamais allé à la fac de médecine. On pensait que formuler un vaccin crédible était possible", raconte le biologiste. L'université accepte alors de produire le traitement et de l'injecter à l'animal. Les tumeurs de Rosie régressent alors de moitié, juste assez pour dégager ses articulations et permettre au chien de gambader à nouveau. L’animal n’est de toute évidence pas guéri, mais elle semble avoir gagné un sursis de quelques mois. Les experts appellent néanmoins à la prudence sur cette approche. "C’est une stratégie utilisée par l’industrie, et qui a montré des bénéfices, donc pourquoi pas, mais pour le moment, je ne vois qu’une histoire de chasse, et pas de véritables débouchées thérapeutiques à cette décoction maison", indique le Dr Olivier Lantz, directeur du laboratoire d'immunologie clinique de l'Institut Curie.
(L'Express – 22 mars 2026)