Les formations à l'étranger des étudiants en santé alarment les professionnels

Les Echos enquêtent sur l'exode des étudiants en santé vers l'étranger pour obtenir leur diplôme. "Ce phénomène existait déjà dans les années 1990", confie un ancien conseiller ministériel. "Mais on a aujourd'hui des structures dont la vocation est de former des étudiants français, avec des cours en français, dans des pays non francophones." Ainsi, de plus en plus d'étudiants ne tentent même plus de s'inscrire dans les facs françaises, optant directement pour une formation à l'étranger, moins sélective et souvent plus simple. Il y a "un vrai business des études de santé", confirme Vianney Descroix, président de la Conférence des doyens d'odontologie. Dans sa discipline, le nombre d'universités privées espagnoles a bondi de 12 à 2.310 entre 2008 et 2022, pour des frais de scolarité de 10.000 à 20.000 € en première année, soit jusqu'à 100.000 € pour la formation complète. Si ces jeunes peuvent ensuite venir exercer en France, en tant que professionnels diplômés à l'étranger, la qualité de leur formation est pourtant moindre. "Certains cursus de chirurgie dentaire se déroulent sans qu'il y ait de formation avec de vrais patients. Les étudiants reviennent parfois avec un niveau dramatique, et ils s'installent où ils veulent au vu du manque terrible de praticiens dans certaines régions", déplore Vianney Descroix. L'inquiétude est aussi forte du côté des médecins: "On commence à avoir des chiffres sur la qualité de leur formation et ça fait peur", confie Matthieu Resche- Rigon, doyen de la faculté de santé de l'université Paris-Cité. "Seuls 55% de ceux qui passent les examens de fin de 6e année en vue d'intégrer le système français les réussissent, contre 95% de ceux formés en France."

(Les Echos – 1er avril 2026)