Les droits de douane américains inquiètent la pharma belge
D'ici à l'été, les Etats-Unis instaureront des droits de douane permanents de 100% sur les médicaments innovants importés, invoquant l'argument de la "sécurité nationale" au titre de la section 232 du code commercial américain. Les médicaments européens ne devraient pas être concernés, l'Europe ayant négocié un accord-cadre distinct limitant le tarif applicable à ses entreprises à 15%. Mais "c'est une sorte de gentleman's agreement, pas un accord juridique contraignant", explique au Standaard Gaspard Toussaint, du lobby pharmaceutique belge pharma.be. "Les entreprises ne peuvent pas simplement partir du principe que M. Trump s’y tiendra. L’incertitude perdure donc dans de nombreux sièges sociaux." Pour la Belgique, les enjeux sont considérables. "Beaucoup d’emplois bien rémunérés disparaîtraient alors. La moitié de tous les emplois belges dans la R&D industrielle sont liés au secteur pharmaceutique", avertit Caroline Ven, CEO de pharma.be. Il existe en outre tout un écosystème d’emplois indirectement liés au secteur, du transport aux équipes de projet dans les hôpitaux qui organisent des essais cliniques. Les décisions des Etats-Unis peuvent en outre peser sur l'accès aux soins des patients. "L’Europe régule fortement ses prix et, en Belgique surtout, les pouvoirs publics obtiennent souvent, via des remises, un prix encore plus bas", rappelle Gaspard Toussaint. "Vu la capacité de production limitée, les entreprises peuvent décider de se retirer du marché belge et d’opter pour le marché américain. Elles n’ont alors plus à tenir compte des prix belges dans leur tarif de nation la plus favorisée pour l’Etat américain." Certaines thérapies avancées pourraient ainsi devenir inaccessibles aux patients belges. "Il faudrait alors attendre l’expiration de ces brevets. Cela imposerait aux soins de santé belges des protocoles de soins ayant des dizaines d’années de retard sur les 'standards of care' les plus innovants."
(De Standaard – 3 avril 2026)