Les craintes s'intensifient sur les microbes conçus par IA
La revue Science a publié début août une étude qui décrit les premiers virus dont le génome a été conçu grâce à des outils d'IA. Ces travaux d'une équipe de l'université Stanford portent plus précisément sur la création de phages, inoffensifs pour l'humain et destinés à cibler des bactéries à visée thérapeutique. Mais la méthode alarme des scientifiques, alors que les mêmes outils pourraient contribuer à faire émerger des agents pathogènes. Ces craintes ont été renforcées par un rapport publié le 10 septembre par Anthropic, créateur de Claude, qui a identifié "cinq cas d'acteurs utilisant les agents d'IA de manière à favoriser le développement d'armes biologiques". Il s'agit, par exemple, d'une demande liée à la transmissibilité et l’échappement immunitaire du chikungunya. Ces expériences dites "de gain de fonction", réalisées par institutions militaires étrangères, visaient à le rendre plus infectieux. Autre exemple, un chercheur opérant hors des Etats-Unis, qui utilisait Claude pour concevoir un virus de grippe aviaire hautement pathogène adapté aux mammifères. Un autre cas concerne la recherche sur les orthopoxvirus, dont font partie le virus de la variole, aujourd’hui éradiquée, et celui de la mpox, responsable d’une épidémie qui a démarré en 2022 en Afrique. Le récent article sur les phages conçus par IA "envoie un signal très dangereux : cela montre le potentiel de l’IA", prévient le virologue Simon Wain-Hobson (Institut Pasteur). Il salue la législation annoncée par l’administration américaine visant à réduire ces expérimentations. Mais il redoute que, en raison de la personnalité de Donald Trump, peu de pays emboîtent le pas.
(Le Monde, Le Parisien – 30 septembre 2026)