Le sevrage, point faible des traitements par antidépresseurs
Alors que la consommation d’antidépresseurs continue de progresser en France, leur arrêt reste insuffisamment encadré, exposant une partie des patients à des sevrages longs et parfois dangereux, constate La Croix. Le journal cite une étude publiée en 2024 dans le Lancet Psychiatry, qui montre qu'environ 15% des patients présentent un syndrome de sevrage à l’arrêt, avec des symptômes pouvant être sévères. "Si l’arrêt est trop brutal, le patient peut ressentir des symptômes physiques: nausées, vomissements, confusion, sueurs, tremblements, etc. Mais aussi des symptômes psychiques, comme de l’angoisse et des idées suicidaires", confirme Jean-François Huon, pharmacien clinique et président du Réseau français de la déprescription créé en 2025. En cause, la lenteur du système nerveux à s’adapter. "Lorsqu’un patient arrête son médicament, la concentration de celui-ci dans le sang chute en quelques jours voire en quelques heures. Alors que le système nerveux, lui, va mettre du temps à modifier son nombre de récepteurs de sérotonine." Pour les spécialistes, ces difficultés de prise en charge des situations de sevrage tiennent en grande partie à un déficit de formation. "Les manuels de psychiatrie (…) abordent rarement le sujet", observe Fabrice Berna, professeur de psychiatrie aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Des solutions émergent toutefois, dont la "décroissance hyperbolique", une réduction très progressive des doses. Une méta-analyse publiée en décembre 2025 dans le Lancet Psychiatry recommande cette approche, associée à un suivi thérapeutique.
(La Croix – 20 janvier 2026)