La pharma maintient la pression sur le prix des médicaments en Europe

La tension entre l'industrie pharmaceutique et les Etats européens sur les prix des médicaments ne faiblit pas. En Allemagne, Eli Lilly vient ainsi de réduire de moitié son investissement initialement prévu de 2,3 milliards d'€ dans une nouvelle usine allemande dédiée au Mounjaro® (tirzépatide), tandis que Boehringer Ingelheim a annulé 900 millions d'€ d'investissements. BioNTech, qui a déjà engagé un vaste plan de restructuration dans le pays, menace aussi de remettre en cause ses investissements dans le pays. En cause, le plan d'austérité de Berlin, qui prévoit 16,3 milliards d'€ d’économies dès 2027, en augmentant notamment les remises imposées aux fabricants sur les médicaments protégés par brevet. Dans le Financial Times, le directeur général d'AstraZeneca, Pascal Soriot, prévient également que le groupe pourrait être contraint de retarder ou d'annuler des lancements de médicaments en Europe si les gouvernements ne revoient pas à la hausse le prix payé pour les traitements innovants. "C'est triste et cela me brise le cœur, mais nous n'aurions pas le choix", déclare-t-il. "Je dois m'occuper des patients, mais je dois également veiller aux intérêts de nos actionnaires et générer suffisamment de revenus pour pouvoir réinvestir dans notre R&D et dans de nouveaux médicaments." Il pointe la pression des accords de "nation la plus favorisée" conclus avec l'administration Trump: toute baisse européenne se répercuterait mécaniquement sur le marché américain, qui représente 45% du chiffre d'affaires du groupe. Mais les pays européens font face de leur côté à un dérapage des dépenses de santé qu'ils cherchent à contenir. En France, le prix facial hors taxe moyen d'une boîte de médicaments remboursable vendue en officine a grimpé de 26,3 % entre 2019 et 2023, à 9,95 €, notent Les Echos. En même temps, l'Hexagone n'a dépensé en médicaments que 597 € par habitant en 2022 contre 791 € en Allemagne, où les prix et le reste à charge sont plus élevés.

(Les Echos – 8 juin 2026, The Financial Times – 6 juin 2026)