L'IA générative ferme la porte du marché du travail aux jeunes diplômés

Designers, développeurs, graphistes: les jeunes diplômés des métiers les plus exposés à l'intelligence artificielle générative peinent comme jamais à décrocher leur premier emploi. Un rapport publié le 5 mars par Anthropic, fondé sur des données réelles, révèle en effet que le taux d'entrée en emploi des 22-25 ans dans les professions exposées à l'IA a reculé d'environ 14% par rapport à l'ère pré-ChatGPT. Une étude de l'université Stanford publiée en novembre 2025 arrive à des conclusions similaires, soulignant un déclin relatif de 16% de l'emploi des jeunes actifs dans ces métiers, les développeurs étant les plus touchés, avec une baisse de près de 20% depuis fin 2022. Les témoignages recueillis par Le Monde confirment la tendance. Antoine, designer de 27 ans diplômé en 2023, a posé 1.500 candidatures sans succès. "Il n'y a plus de place pour former des débutants", déplore-t-il. Anselme, ingénieur logiciel à Toulouse, observe que son agence ne sait plus quoi faire de ses dernières recrues. "Pourtant, il y a un an et demi, quand l’entreprise les a débauchés, on leur promettait la lune." Des chercheurs tempèrent toutefois le récit d'un "grand remplacement technologique". "La nouvelle génération est sacrifiée sur l'autel de l'IA, mais c'est souvent un prétexte", estime Antonio Casilli, professeur de sociologie à l'Institut polytechnique de Paris, rappelant que les perspectives d’emploi des diplômés dans les secteurs où l’IA s’est répandue se détérioraient déjà avant le lancement de ChatGPT. Cette prétendue substitution de l’IA à des profils juniors masquerait une autre réalité: la précarisation de l’emploi des jeunes actifs, observée à l’échelle mondiale.

(Le Monde – 15 avril 2026)